Extrait de Parole de femme de Annie Leclerc




"Rire ? Se soucie-t-on jamais de rire ? Je veux dire vraiment rire, au-delà de la plaisanterie, de la moquerie, du ridicule. Rire, jouissance immense et délicieuse, toute jouissance...
Je disais à ma s½ur, ou elle me disait, tu viens, on joue à rire ? On s'allongeait côte à côte sur un lit et on commençait. Pour faire semblant, bien sûr. Rires forcés. Rires ridicules. Rires si ridicules qu'il nous faisaient rire. Alors il venait, le vrai rire, le rire entier, nous emporter dans son déferlement immense. Rires éclatés, repris, bousculés, rires magnifiques, somptueux et fous... Et nous riions à l'infini du rire de nos rires... Oh rire ! Rire de la jouissance, jouissance du rire; rire, c'est si profondément vivre."




Photo: Willy Ronis (encore ?!), Le petit parisien (1952)




Extrait de Parole de femme de Annie Leclerc

# Posté le lundi 26 janvier 2009 12:19

Une chanson de Guy Berry: Lily bye bye

Au Texas c'était le roi du lasso
Avec ça, il était grand, jeune et beau
On l'aimait à vingt cinq mill' alentour
Car Jimmy , car Jimmy était bien fait pour l' amour
Mais Jimmy n'avait qu'un amour au c½ ur
Sa Lily avec ses grands yeux rieurs
Quand la nuit tendrement il la quittait
Ebloui, ébloui tout bas son c½ur lui chantait.


Lily bye bye
Bye bye Lily
Lily bye bye
Bye bye Lily

Un beau matin le beau Jimmy dut partir
Laissant là ses plus jolis souvenirs
Il quitta sa Lily le c½ur joyeux
Mais Lily, mais Lily avait des pleurs plein les yeux
Sans regret, il entra au régiment
Il devint caporal et puis sergent
Mais bientôt en agitant son mouchoir
Pour la France , pour la France, il embarqua plein d'espoir

Lily bye bye
Bye bye Lily
Lily bye bye
Bye bye Lily

Tout un mois, en Normandie sur le front
Le Jimmy se battit comme un vieux lion
Fou de joie il écrivait tous les jours
Ma Lily, ma Lily, à bientôt mon cher amour
Mais un soir , emporté par son élan
Il tomba au milieu d'un guet-apens
Et Jimmy en rendant son âme à Dieu,
Murmura, murmura, tout en fermant ses beaux yeux.

Lily bye bye
Bye bye Lily
Lily bye bye
Bye bye Lily

La photo est de Willy ronis, un photographe français

En voici une anecdote :

Les amoureux de la Bastille, 1957

En 1957, au cours d'une de ses balades dans Paris, Willy Ronis monte au sommet de la colonne de Juillet. Après avoir pris quelques photos, il aperçoit un couple contemplant les toits de Paris, qui lui tourne le dos. Il prend vite une photo, en catimini, puis redescend. Plus tard, la photo sera beaucoup publiée, dans des magazines, des livres, en cartes postales, en posters, en puzzles. Willy Ronis, qui a l'habitude de recevoir des lettres de gens qui se reconnaissent sur ses photos, s'étonne que personne ne se manifeste. Il s'agit certainement d'un couple d'étrangers en visite à Paris, qui ignore totalement l'existence de cette photo. Mais en 1988, le hasard va les réunir. “Je faisais une exposition au Comptoir de la photographie, une très jolie petite galerie rue du Faubourg-Saint-Antoine, sur le thème des amoureux, à l'occasion de la Saint-Valentin”, raconte Willy Ronis. “Il y avait mes photos au mur et mes livres sur le comptoir. Un monsieur s'approche de moi avec mon livre sous le bras, et il me demande de le lui dédicacer. Puis soudain il me confie : “Vous savez, Monsieur, vos amoureux de Paris, ils ne sont pas bien loin, à quatre cents mètres d'ici, de l'autre côté de la colonne. Je les connais depuis toujours, ils tiennent un bistrot et quand ils prennent leurs vacances, c'est moi qui les remplace au comptoir. C'est tout juste si je ne suis pas tombé par terre ! Je suis allé les voir, ils s'appelaient Riton et Marinette, et j'ai vu qu'ils avaient le poster encadré dans le café, qui se trouvait à l'angle de la rue du Faubourg-Saint-Antoine et de la rue des Tournelles. Ils m'ont accueilli cordialement. Ils n'étaient montés qu'une seule fois sur la colonne, ils s'en souvenaient parfaitement. Ils venaient de l'Aveyron et, à l'époque, ils n'avaient pas encore le bistrot. Ils ne l'ont eu que deux ou trois ans plus tard, alors qu'ils étaient mariés. Et le plus étonnant, c'est que sur la photo, dans la direction où ils regardent, on voit le coin de l'immeuble où se trouve le bistrot !”
Une chanson de Guy Berry:  Lily bye bye

# Posté le lundi 19 janvier 2009 12:12

Parlez Novlangue....

Le novlangue est une langue imaginée par "Big Brother" dans le roman 1984 de George Orwell. C'est en fait une version ultra simplifié de l'ancienne langue (le pluriel des mots est toujours marqué par un s; c'est par l'ajout d'un préfixe que l'on exprime le contraire d'un mot ainsi par exemple le mot "mauvais" est supprimé au profit de "inbon", plein de mots considérés comme subversifs sont aussi effacés)...
La théorie qui se cache derrière cette idée de Novlangue est vraiment intéressante. Dans 1984, Orwell conscient des maux de son temps, exprime une grande inquiétude face aux dérives du pouvoir mais pose aussi une question fondamentale qui ne m'avait pas encore effleurer l'esprit :
Quel est la véritable importance des mots et concepts ? Quel place ont ils dans notre analyse et notre jugement? Pourrions nous être par exemple conscient et même ressentir une injustice si nous n'en avions pas la définition?

Extraits du livre à ce sujet:

" Il y avait beaucoup de crimes et d'erreurs qu'il serait hors de son pouvoir de commettre, simplement parce qu'ils n'avaient pas de nom et étaient par conséquent inimaginables"

D'autres extraits sur le novlangue:


Ici, on apprend l'utilité pour la classe dirigeante d'utiliser des mots abrégés: "On remarqua qu'en abrégeant ainsi un mot, on restreignait et changeait subtilement sa signification car on lui enlevait les associations qui, autrement, y était attachées" (ex utilisé: Communisme international devient : Comintern, un terme qui n'est absolument pas parlant)

Ici, c'est de l'élocution des mots dont il est questions: "(les mots en novlangue) étaient des mots de deux ou trois syllabes dont l'accentuation était également répartie de la première à la dernière syllabe." Ainsi "leur emploi entraînait une élocution volubile, à la fois martelée et monotone (...)le but était de rendre l'élocution autant que possible indépendante de la conscience."

Bien sur il y a plein d'autre sujets intéressants dans ce livre, comme celui des "deux minutes de la haine" : Chaque jour les gens qui travaillent pour le parti dirigeant doivent regarder ce programme télévisuel et hurler leur haine envers un des opposants les plus célèbre: Goldstein. Focaliser sa haine sur un seul objet, ou une seule personne est évidement une technique pour détourner les esprits des vrais problèmes de société.

Télécran, gin et cigarettes de la "Victoria", police de la pensée, trous de mémoires, commissariat aux archives...
ou encore théorie sur le refoulement de l'instinct sexuel (prônée par Big Brother) pour le changer en "fièvre guerrière et en dévotion pour les dirigeants" , c'est tout un programme passionnant que je vous conseille de lire, si ce n'est déjà fait.




Parlez Novlangue....

# Posté le lundi 08 décembre 2008 15:18

Modifié le vendredi 12 décembre 2008 07:09

Charles-Helios Seream

Charles-Helios Seream
Ce n'est qu'hier, par un parfait hasard que je suis tombée sur le recueil de poème Marigot de Seream. J'ai été enchantée de retrouver un poème qu'il avait récité sur le rock un soir il y a quelques années et que je n'avais jamais retrouvé.
En voici des extraits, le poème a pour titre: Mozart 1er

...Le rock sent la sueur la bombe et l'encens
Le rock c'est tatoué le rock c'est percé
Des flots de crinières
Dans la jungle à genoux

Aux bout de l'appendice
De la soul et du blues
Les gangues retroussées
Ecartant la lumière
Sur l'ombre des suicidés
Beaux comme s'ils avaient pris le maquis
On croirait qu'ils débloquent
Comme Excalibur
A faire que ça dure
Ceux qui se forge une âme dans le rock

Le rock ça résonne au fond de ton oreille interne
Le rock c'est un dilemme, c'est ta vie ou le rock
Le rock c'est quatre lettres qui en chantent assez long
Le rock c'est du mythe pour libérer de l'homme...


...Le rock c'est des foules qui bougent pas pour le pape
Le rock c'est dans ta caisse, mais fais gaffe au platane

Le rock c'est l'utopie, la dure la belle la vraie
Le rock c'est un temple où il fait bon mourir
Le rock c'est un « No Surrender » à l'heure de la destinée
Le rock vivant tu peux en sortir mais tu sortiras vieux...

...Le rock ça sent l'amour avec le grand A qui fait de l'ombre à personne...

...Le rock c'est l'ange de l'abstinence qu'en a jamais écouté
Et qui te souffle « Ok c'est bon j'dirai rien. »...

...Le rock c'est un vieux cuir qui miaule dans l'épiderme
Le rock t 'as tout compris mais le bar va fermer...

...Le rock c'est des guenilles avec un c½ur qui bat...

Voilà, ça m'a fait de la peine de charcuter ce poème mais si vous avez l'occasion lisez le vous même dans Marigot de Seream.


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# Posté le jeudi 30 octobre 2008 07:47

Modifié le samedi 01 novembre 2008 10:33

Le Roi et l'oiseau... (1979)

« Je pense toujours à ceux qui verront nos films, tout ce que nous avons voulu leur dire, tout ce que nous avons semé ne disparaît pas définitivement à la fin du spectacle (...) Un film n'est jamais terminé ; c'est dans l'esprit du spectateur qu'il poursuit son chemin et que la graine, s'il y en a une, va commencer à germer ». Paul Grimault (Discours à Hiroshima le 18 août 1985)


Histoire:
Le Roi Charles V et Trois font Huit et Huit font Seize règne en tyran sur le royaume de Takicardie. Seul un Oiseau, enjoué et bavard, qui a construit son nid en haut du gigantesque palais, tout près des appartements secrets de Sa Majesté, ose le narguer. Le Roi aime les arts. Ainsi qu'une jolie Bergère qui figure auprès d'un jeune Ramoneur sur un tableau qui orne sa chambre royale. Ils sont épris l'un de l'autre et ils doivent s'enfuir pour échapper au Roi, qui les poursuit accompagné de ses sbires moustachus. Après une folle poursuite, avec l'aide de l'Oiseau, la Bergère et le Ramoneur se réfugient dans la ville basse où ils sont finalement capturés...

Plein de poésie, d'humour et de grandes idées, ce dessin animé de Paul Grimault avec les textes de Jacques Prévert est certainement le plus beau que j'ai vu. Il est à la fois une ode à l'innocence, à l'amour et à la liberté mais aussi une critique sur le totalitarisme. Le film se moque avec tact des sujets du roi, et dénonce les techniques qu'il emploi sur la population pour conserver son tout pouvoir. Les artistes servant le roi sont également critiqués. L'art est libre, ou l'art n'est pas, il en est ainsi !

Si dessous, la fin du royaume de Takicardie, qui s'est quasiment auto-détruit...



Le Roi et l'oiseau... (1979)

# Posté le mercredi 29 octobre 2008 05:58