« Retour au blog de rockbunny

XXXIII

XXXIII


« Vous ayant dit ce matin que je vous aimais, ma voisine d'hier soir, j'éprouve maintenant moins de gêne à vous l'écrire. Je l'avais déjà senti dès ce déjeuner dans le vieux Nice où vos grands et beaux yeux de biche m'avaient tant troublé que je m'en étais allé aussi tôt que possible afin d'éviter le vertige qu'ils me donnaient. »




XXXIII
Mon très cher petit Lou je t'aime
Ma chère petite étoile palpitante je t'aime
Corps délicieusement élastique je t'aime
Vulve qui serre comme un casse-noisette je t'aime
Sein gauche si rose et si insolent je t'aime
Sein droit si tendrement rosé je t'aime
Mamelon droit couleur de champagne non champagnisé je t'aime
Mamelon gauche semblable à une bosse du front d'un petit veau qui vient de naître je t'aime
Nymphes hypertrophiées par tes attouchements fréquents je vous aime
Fesses exquisément agiles qui se rejettent bien en arrière je vous aime
Nombril semblable à une lune creuse et sombre je t'aime
Toison claire comme une forêt en hiver je t'aime
Aisselles duvetées comme un cygne naissant je vous aime
Chute des épaules adorablement pure je t'aime
Cuisse au galbe aussi esthétique qu'une colonne de temple antique je t'aime
Oreilles ourlées comme de petits bijoux mexicains je vous aime
Chevelure trempée dans le sang des amours je t'aime
Pieds savants pieds qui se raidissent je vous aime
Reins chevaucheurs reins puissants je vous aime
Taille qui n'a jamais connu le corset taille souple je t'aime
Dos merveilleusement fait et qui s'est courbé pour moi je t'aime
Bouche Ô mes délices ô mon nectar je t'aime
Regard unique regard-étoile je t'aime
Mains dont j'adore les mouvements je vous aime
Nez singulièrement aristocratique je t'aime
Démarche onduleuse et dansante je t'aime
Ô petit Lou je t'aime je t'aime je t'aime.


Guillaume Apollinaire, Poèmes à Lou


L'écrivain Guillaume Apollinaire est tombé amoureux de celle qu'il surnommera "Lou" (Louise de Coligny-Châtillon) alors qu'elle vit sur la Côte d'Azur, ils entretiendront une courte liaison puis une correspondance enflammée en 1914, avant de partir à la guerre. Ils rompirent en 1915.
André Rouveyre la décrit "spirituelle, dégagée, frivole, impétueuse, puérile, sensible, insaisissable, énervée" et Apollinaire dit d'elle qu'elle est élégante et intrigante "mutine et langoureuse à la fois" avec ses "grands et beaux yeux de biche"


Tableau: Portrait de Miss Sinclair, de Sir William Orpen
[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]

# Posté le samedi 13 juin 2009 04:37

« Article précédent : Je vous présente, mon premier ukulélé:

Article suivant : Répliques de fin du film de Michael Curtiz :... »