Hiroshima mon amour...

Hiroshima mon amour...
Après l'Aurore de F.W. Murnau, Les lumières de la ville de Charles Chaplin, hier soir j'ai reçu une jolie claque cinématographique en visionnant Hiroshima mon amour de Alain Reisnais. Comment en parler, de manière juste ?

Premières répliques échangées entre les deux amants:
Lui : "Tu n'as rien vu à Hiroshima. Rien.
Elle : J'ai tout vu. Tout... Ainsi l'hôpital je l'ai vu. J'en suis sûre. L'hôpital existe à Hiroshima. Comment aurais-je pu éviter de le voir ?"




J'ai tout vu, je connais l'irréelle explosion, le choc, la souffrance et l'attente de l'oubli et le refus de l'oubli. Je sais ce qu'est une catastrophe. J'ai aimé, j'ai été ébloui par la violence des sentiments amoureux, puis il est mort. Il est mort. Seule, j'étais seule, et là j'ai crié, crié partout son nom. J'ai tout vu à Hiroshima, j'ai connu la souffrance, la terrible souffrance, dans la cave les mains s'écorchant contre les murs, les cheveux rasés. Seule, j'étais seule à Nevers. J'avais dix huit, vingt ans, une petite fille, le premier amour, l'impossible amour. Et la mort. J'ai approchée la folie. Et puis le souvenir, le souvenir qui blesse encore mais qui s'efface toujours. J'ai refusé d'oublier, car c'est un devoir, un devoir de mémoire.
Et te voilà toi, l'allemand et le japonais, l'autre amour impossible! Tu as tout éclairci, unique témoin, seul guérisseur. Et je t'aime, je t'aime terriblement. Mais laisse moi partir. Laisse moi partir, car je t'oublierai aussi.




Dernières répliques:
Elle: "Hiroshima, c'est ton nom"
Lui: "Ton nom, c'est Nevers"

Son nom est Nevers pour "never" en anglais qui signifie: jamais. Elle est une combattante de l'oubli, à jamais.
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# Posté le lundi 02 novembre 2009 09:47

Une chanson de Philippe Chatel: Je t'aime bien Lili.

J't'aime bien Lili
Pour tous les livres que tu lis,
J't'aime bien Lili
J't'aime bien au lit, j't'aime bien au lit aussi,
Tu es le i du mot ma nuit, du mot ma vie
Tu es le i du mot ma nuit, du mot ma vie aussi.

J't'aime bien Lili
Pour toutes les bêtises que tu dis,
J't'aime bien Lili
Quand tu m'ennuies, quand tu m'ennuies aussi,
Tu es le i du mot ma nuit, du mot ma vie
Tu es le i du mot ma nuit, du mot ma vie aussi.

J't'aime bien Lili
Quand tu rentres trop tard et qu'tu m'souris, Lili
C'est pas la pluie, c'est lui.
J't'aime bien Lili
Bien qu'on n'aura jamais les mêmes jeudis, Lili, Lili, Lili,


J't'aime bien Lili,
Mais j'ai du mal à vivre cette vie,
Entre le silence et l'oubli
J'attends mon paradis.
T'es pas le i de mon logis, de mon abri
Tu es le i du mot ami, du mot ennemi aussi.

J't'aime bien Lili
Quand tu rentres trop tard et qu'tu m'souris, Lili
C'est pas la pluie, c'est lui.
J't'aime bien Lili
Bien qu'j'sois pas l'seul à qui tu dises oui, Lili, Lili, Lili


J't'aime bien Lili
Quand on est tous les deux la nuit
J't'aime bien Lili
J't'aime bien au lit, j't'aime bien au lit aussi,
Tu es le i du mot désir, du mot envie,
Et c'est pour ça que j'reste là, que j'reste ici, Lili.
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# Posté le samedi 17 octobre 2009 10:48

Modifié le samedi 17 octobre 2009 12:02

Analyse d'œuvre : Autoportrait nu, Egon Schiele

Analyse d’œuvre : Autoportrait nu, Egon Schiele

Présentation:
Samedi dernier pour la première fois j'ai vu des tableaux, dessins, affiches d'Egon Schiele. Je feuilletais en effet des livres sur l'art dans un magasin, ne sachant trop sur quelle œuvre me pencher. ET là, soudain entre les pages : Egon Schiele. Des corps froids, désarticulés rampent sur les toiles. Egon Schiele et l'angoisse se colore en vert, noir, rouge ou brun, la chair est pâle presque morte. Egon Schiele, les mains squelettiques, les corps nus. Egon Schiele fasciné par la débilité des corps et leur précarité. J'ai trouvé. Mon premier travail portera sur Egon Schiele.
Mais quelle œuvre choisir ? Une des premières avec l'influence encore fortement marquée de Gustav Klimt ? Un autoportrait parmi les très nombreux ? Un paysage ? Un nu ? J'opte pour l'un de ses autoportraits : Autoportrait nu, réalisé en 1910 avec gouache, aquarelle et mine de plomb. Actuellement l'œuvre se trouve au Graphische Sammlung Albertina à Vienne.


....


Analyse:
Né en 1890, en Autriche, Schiele n'a alors que vingt ans lorsqu'il réalise cette toile. De dimension 55.8 Í 36.9 cm, ce n'est ni son premier et certainement pas son dernier autoportrait. De nombreux lui succèderont, on peut citer : Autoportrait au ventre nu (1911), Autoportrait aux avant-bras dressés (1914), Autoportrait au coude droit dressé (1914), ou encore : Double autoportrait (1915). Tous aussi étranges les uns que les autres, les autoportraits d'Egon Schiele dérangent. Quel est donc le « but » de l'artiste lorsqu'il se représente ainsi ? Que se cache t'il derrière ce trait si particulier ? J'analyserai d'abord techniquement la toile, puis tenterai de l'interpréter à ma façon.


La toile représente donc l'artiste. Il est nu, le corps quasiment décharné, dans une position étrange. Ses bras sont tordus, on dirait un pantin désarticulé se mouvant sur un fond jaune. Il n'y a aucun décor. La palette de couleurs est elle aussi très sobre : du jaune, du noir et quelques nuances de rouge et de blanc. Le trait est original, assez nerveux. On remarque aussi la disproportion des bras par rapport au reste du corps. Le cou du personnage est crispé. Son regard ? Absolument vide, même absent.

Derrière la sobriété apparente de la toile, se cache une grande interrogation. Il n'y a pas de décor et peu de couleurs, pourtant on serait tenté de dire : « Ecce Homo ». Voici l'Homme. Voici l'Homme dans toute sa réalité ! On peut supposer que le fait de ne pas peindre de décor est un choix conscient à fin de n'attribuer ni repère géographique, ni repère historique à l'œuvre. Schiele se moque bien de l'environnement dans lequel l'homme vit, il se moque des contextes politiques. Ce qui l'intéresse lui, c'est l'Homme. L'humain d'hier et d'aujourd'hui, d'aujourd'hui et de demain. Il vise l'intemporel.
En effet on serait tenté de dire que le sentiment qui habite presque toutes les toiles d'Egon Schiele est l'angoisse existentielle. Or, n'est ce pas le sentiment intemporel par excellence ? La plus grande et la première peur de l'homme face à l'infini qui l'entoure ?
Avec l'angoisse s'ajoute naturellement au tableau : la peur de la mort. La chair est pâle, le corps est nu, extrêmement maigre. Les os sont saillants et pointus. Schiele n'hésite pas à peindre le corps dans toute sa précarité et sa laideur. La forte concentration de traits sur le corps nous donne presque l'impression de le voir en transparence avec les tissus et les muscles, comme s'il voulait même nous montrer l'intérieur biologique. Cette impudeur dérangeante se retrouvera par ailleurs bien souvent dans l'œuvre d'Egon Schiele et plus particulièrement dans ses nus féminins où il n'hésitera pas à représenter les parties génitales de manière plutôt détaillée.
Mais il ne se contente pas de peindre la laideur du corps, il peint aussi son étrangeté. Ainsi dans cette toile la disproportion des bras et des mains par rapport au reste du corps, confère un caractère inhumain au personnage. Comme Baudelaire avait su quelques années auparavant montrer par les mots les limites de notre humanité et aboutir « à ces districts de l'âme où se ramifient les végétations monstrueuse de la pensée » (extrait de A rebours de J-k Huysmans) , Schiele lui aussi parvient par sa peinture à saisir les prémices de l'inhumain. De plus on remarque l'absence du regard. Peut être pour signifier, l'ignorance malheureuse de l'homme sur le « but » de l'existence. Les personnages peint par Schiele ont toujours un regard particulier : vide ou détourné (ils regardent ailleurs). Dans Autoportrait au coude droit dressé, l'étrangeté est particulièrement frappante : Le personnage a un tel regard qu'il nous apparaît comme un animal.
Il y a aussi une souffrance terrible qui se dégage de cette peinture. Tout d'abord à cause de la contorsion du corps, mais aussi par la crispation du cou et du visage. Les mains forment un autre aspect récurrent dans l'œuvre de Schiele : Elles sont souvent disproportionnées et squelettiques. Du moins c'est la partie du corps qui dans sa peinture est la plus exposée à la laideur et aux marques du temps. Or, on sait quel rôle important à la main dans la création artistique. Quel pourrait donc être la signification de leur laideur ? Je n'oserai m'avancer plus dans mon analyse.

Pour conclure. La forte présence de la mort et de l'angoisse dans la peinture d'Egon Schiele peut aussi être en partie expliquée par un évènement tragique qui marqua son adolescence : la mort de son père (qui le soutenait d'ailleurs beaucoup dans son art) en 1905, atteint alors d'une maladie mentale.


# Posté le samedi 10 octobre 2009 08:46

La république du silence:

« Jamais nous n'avons été plus libres que sous l'occupation allemande. Nous avions perdu tous nos droits et d'abord celui de parler ; on nous insultait en face chaque jour et il fallait nous taire ; on nous déportait en masse, comme travailleurs, comme Juifs, comme prisonniers politiques ; partout sur les murs, dans les journaux, sur l'écran, nous retrouvions cet immonde et fade visage que nos oppresseurs voulaient nous donner de nous-mêmes : à cause de tout cela nous étions libres. Puisque le venin nazi se glissait jusque dans notre pensée, chaque pensée juste était une conquête ; puisqu'une police toute-puissante cherchait à nous contraindre au silence, chaque parole devenait précieuse comme une déclaration de principe ; puisque nous étions traqués, chacun de nos gestes avait le poids d'un engagement. Les circonstances souvent atroces de notre combat nous mettaient enfin à même de vivre, sans fard et sans voile, cette situation déchirée, insoutenable qu'on appelle la condition humaine. [...] [A] chaque seconde nous vivions dans sa plénitude le sens de cette petite phrase banale : " Tous les hommes sont mortels. " Et le choix que chacun faisait de lui-même était authentique puisqu'il se faisait en présence de la mort, puisqu'il aurait toujours pu s'exprimer sous la forme « Plutôt la mort que... » [...] « Si on me torture, tiendrai-je le coup ? » Ainsi la question même de la liberté était posée et nous étions au bord de la connaissance la plus profonde que l'homme peut avoir de lui-même. Car le secret d'un homme, ce n'est pas son complexe d'Œdipe ou d'infériorité, c'est la limite même de sa liberté, c'est son pouvoir de résistance aux supplices et à la mort. [...] Cette responsabilité totale dans la solitude totale, n'est-ce pas le dévoilement même de notre liberté ? Ce délaissement, cette solitude, ce risque énorme étaient les mêmes pour tous, pour les chefs et pour les hommes ; pour ceux qui portaient des messages dont ils ignoraient le contenu comme pour ceux qui décidaient de toute la résistance, une sanction unique : l'emprisonnement, la déportation, la mort. Il n'est pas d'armée au monde où l'on trouve pareille égalité de risques pour le soldat et le généralissime. Et c'est pourquoi la Résistance fut une démocratie véritable : pour le soldat comme pour le chef, même danger, même responsabilité, même absolue liberté dans la discipline. Ainsi, dans l'ombre et dans le sang, la plus forte des Républiques s'est constituée. Chacun de ses citoyens savait qu'il se devait à tous et qu'il ne pouvait compter que sur lui-même ; chacun d'eux réalisait, dans le délaissement le plus total son rôle historique. Chacun d'eux, contre les oppresseurs, entreprenait d'être lui-même, irrémédiablement et en se choisissant lui-même dans sa liberté, choisissait la liberté de tous. Cette république sans institutions, sans armée, sans police, il fallait que chaque Français la conquière et l'affirme à chaque instant contre le nazisme. Nous voici à présent au bord d'une autre République : ne peut-on souhaiter qu'elle conserve au grand jour les austères vertus de la République du Silence et de la Nuit. »


[Sartre, La République du silence, 9 septembre 1944 in Situations, III, Paris 1964, pp. 11-14]


La république du silence:
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# Posté le vendredi 11 septembre 2009 15:43

Modifié le vendredi 09 octobre 2009 15:01

Anecdote de vie...

Anecdote de vie...


Picasso est installé à la table d'un restaurant. Pour s'occuper pendant que son plat est préparé, il dessine un croquis sur une nappe en papier. Le serveur, qui reconnaît le peintre lorsqu'il sert celui-ci, lui demande de lui donner ce dessin qu'il vient de réaliser. Picasso refuse. Le serveur, interloqué, insiste en argumentant le fait qu'il n'a fallu que quelques minutes à l'artiste pour produire ce qui s'offre à ses yeux. Picasso alors lui répond : « Non, c'est l'œuvre de toute une vie ».

# Posté le dimanche 06 septembre 2009 13:06